Faut-il demander à relire ses citations ?

dimanche, août 16, 2009 Posté par Eric Tenin

Il est - de plus en plus - courant que, à la fin d'une interview, on me demande "est-ce qu'il est possible de relire (l)mes citations ?" (Parfois même lorsque l'interview est arrangée par un ou une attachée de presse aguerrie, la demande est beaucoup plus directe, du style "pour les citations on fait comment, vous me les envoyez par emails ?"). Je réponds inévitablement "oui" parce que je suis un gentil garçon(!) et parce que, paraît-il "ça se fait", mais au fond de moi je trouve ça insupportable. Je comprends très bien que la personne interviewée ait peur que ses propos soient transformés, mais d'une part ça arrive tout de même assez rarement (pourquoi irait-on déformer des propos ?) et d'autre part, si l'interviewé a vraiment trop peur d'être "trahi", et bien c'est très simple, il lui suffit de ne pas parler à la presse... En outre la notion de "déformé" ou "transformé" est vague ; il est évidemment obligatoire de réécrire des citations pour de simples raisons de forme ; en français le langage parlé est très différent de l'écrit. Bref, dans tous les cas sachez que cette requête véhicule un certain nombre de messages pas très positifs :

  • Je n'ai pas confiance en ta capacité d'écoute
  • Je n'ai pas confiance en ta capacité à interpréter mes propos pour les rendre plus lisibles
  • Je veux contrôler ce que tu vas dire ou écrire





En outre, à peine quelqu'un me demande-t-il de relire ses citations que je pense immédiatement : "attention galère, le processus de validation va me retarder dans l'avancement du papier". Du coup, j'ai mis au point une petite technique qui fonctionne à merveille : j'extrais quelques citations anodines de ce que l'interviewé m'a dit, histoire de pouvoir lui renvoyer un os à ronger le plus rapidement possible et je garde "la viande", à savoir ce qu'il m'a dit d'intéressant, pour moi, au style direct. Je sais, c'est vil, mais question efficacité, y a pas photo... Dans tous les cas, si vous persistez à demander à relire vos citations, voici quelques ultimes conseils :

  • Ne corrigez pas le style mais uniquement le sens - ce n'est pas à vous de décider le choix de tel ou tel adverbe car il est peut-être déjà employé dans la phrase qui précède et on ne peut pas le répéter dans la citation...
  • Ne faites pas des modifs pour le plaisir d'avoir le dernier mot...
  • Pensez à remercier le journaliste de vous avoir soumis vos citations,
  • Excusez-vous si vous faites une modification, notamment si vous changez d'avis ou de formulation entre le moment où vous avez été interviewé et le moment ou vous aurez relu votre citations ( 90% des cas !).
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8 comments:

  1. Anonyme a dit…

    Alors là, 100% d'accord. J'ai bien aimé le passage où tu expliques garder les passages essentiels au style direct pour ne mettre entre guillemets qu'une phrase anodine... Je fais tout pareil !

    En bref, ras-le-bol de ces demandes de relecture. Si vous n'avez pas confiance, ne parlez pas aux journalistes (et n'espérez pas voir votre trombine dans les journaux by the way)

  2. Logotheti a dit…

    Je dois gérer la même chose, quoique d'une manière moins permanente et dans contexte parfois différent. Mais pour le coup, j'ai une sensibilité moins épidermique. J'ai tendance à considérer que la demande de relecture de ses citations est moins la marque d'un manque de confiance vis-à-vis du journaliste que de soi-même et qu'à tête reposée, l'interviewé peut estimer que certains de ses propos sont inopportuns.
    Bien entendu, tout est dans la manière. Et ta dernière remarque est bienvenue !

  3. Morgane Falaize a dit…

    Pour ma part j'ai eu le rôle de l'attachée de presse, et je ne suis pas une accro aux relectures de citation.
    Sauf lorsqu'il s'agit d'une interview sur un sujet plutôt technique ou très innovant avec un journaliste qui n'est pas spécialiste. Plusieurs exemples m'ont démontré que c'était utile car il s'est parfois avéré que l'entretien dans sa globalité n'avait pas été compris !

  4. Capucine Cousin a dit…

    Yes, bon billet, pour ma part en tant que journaliste, les demandes de relecture des citations ont le don de m'agacer prodigieusement... Plus encore lorsque l'entretien tel s'avère être une conf call entre le journaliste, l'interviewé et l'attachée de presse (laquelle se permet parfois d'intervenir en pleine itw !).
    Mais clairement, la relecture des citations s'automatise dans bcp de grosses boîtes (comme un certain opérateur téléphonique ;).
    Du coup, dans ce cas, ta technique de ne mettre en citation à relire que des propos anodins n'est pas mal ;)

  5. Anonyme a dit…

    Ayant été journaliste un certain nombre d'années, j'étais surtout agacé par le coté "oh non ça va me mettre en retard", donc mon truc, en envoyant les citations, c'était d'ajouter une formule du genre "si vous avez des modifications à apporter, veuillez me les faire parvenir avant le ...". A part celà, je comprenais quand même l'inquiétude de l'interviewé, surtout lorsqu'il y a un intérêt commercial (ou politique) derrière l'interview.
    Maintenant je suis de l'autre coté de la barrière, et je dois dire qu'il m'arrive, si je ne suis pas sûr d'avoir été bien compris, de demander à relire (rarement, poliment et sans insister).
    Question de feeling. D'ailleurs je suis récemment tombé sur une jeune journaliste prétentieuse fraîchement diplômée qui a été outrée par ma demande (comme si je lui avais demandé de manger des cafards !). J'avais un mauvais pressentiment, mais comme c'était pour faire plaisir à un tiers qui nous avait mis en contact, je n'ai pas voulu refuser non plus. Le résultat était complètement différent de ce que j'avais dit (quant au fond ; la forme ce n'est pas mon problème). J'étais vert de rage. Heureusement il n'y avais aucun enjeu commercial (je parlais, pour une fois, à titre privé)...

  6. Anonyme a dit…

    je suis une interviewée, et très étonnée de votre prétention... alors vous savez tout-sur-tout et ne pouvez pas faire de contre-sens involontaires, justement parce que par exemple vous changez tel mot pour ne pas le répéter ? parce que légitimement vous êtes attentifs autant à la forme qu’au fond ?... j'ai assez confiance en vos talents d'écriture, de communication, mais par contre laissez nous être les spécialistes de nos domaines (sinon, d'ailleurs, pourquoi venez-vous nous interroger ? faites un article sur les poireaux, le lendemain sur le climat et le surlendemain sur la psychologie tout seuls, puisque vous êtes si forts...) aussi, la relecture est pour moi une condition sine qua non à l’interview, et ouf, je suis tombée sur un journaliste qui a joué le jeu (et je crois n’a pas perdu trop de temps, mais a gagné en estime localement, et mon association est enfin défendue par des paroles justes… ce qui n’a pas été le cas par le passé, vous n’êtes pas tous infaillibles...)
    vous avez une profession assez mal aimée, et je comprends de mieux en mieux, en vous lisant ici, que votre arrogance se retourne contre vous, globalement… désolée, voici l’avis d’une simple citoyenne, victime de diffamation sans importance (et donc sans recours) par le passé, qui a enfin été respectée très récemment.

  7. Eric Tenin a dit…

    @Anonyme. Je n'ai pas dit que vous ne pouviez pas demander à relire vos citations - j'ai même précisé que si on me le demandais, je le faisais fort volontiers.

    En revanche, j'ai simplement indiqué que ça renvoyait un message de non confiance.

    Arogance, il y en a sûrement chez les journalistes, mais imaginez que tous les propos dans tous les journaux soient "validés" par tout le monde. Rien ne "sortirait" jamais, vous ne liriez que des propos édulcorés bien peu intéressants. Et vous diriez sûrement que "les journalistes sont à la botte du pouvoir/ des annonceurs / de nje ne sais pas trop qui...

  8. Anonyme a dit…

    je vois une différence entre les articles engagés (pourquoi pas les appeler comme ça !) et les articles reprenant les propos de quelqu'un de cité et reconnaissable... on peut tout à fait dire "je trouve que un tel ou tel truc est bidon, ou génial" mais ne pas prêter des propos inexacts à un nom...
    merci de rester intègre, vous, en autorisant l'interviewé à "checker" sa communication (sans remettre en cause les compétences ou la bonne foi du journaliste) et de laisser par ailleurs votre subjectivité s'exprimer sur tout plein de choses, on adore ça aussi !
    vive la diversité et la déontologie !
    et merci de me réconforter, j'ai cru faire une offense sans appel à une jeune journaliste apparemment brillant... ;)

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